Vie quotidienne


 

 

Sihame Cornetet, association Cité d'Antan

 

Vous me direz -et la question m'a été posée- pourquoi du Cérat de Galien alors que je fais de la reconstitution XIIIe siècle ? Pour deux raisons : d'une part, parce que la recette du cérat de Galien a traversé les siècles et, d'autre part, car la cire d'abeille était un ingrédient très utilisé en cosmétique au Moyen Age du fait de ses propriétés hydratantes et apaisantes. Élément non négligeable aussi, la production de la cire est augmentée avec le christianisme et, par conséquent, c'est un produit assez répandu au XIIIe siècle et accessible.

 

Comme je tente de réduire l'utilisation de tout produit moderne pour ce qui est de mon hygiène et du soin du corps  lorsque je suis sur un campement, cette préparation fait partie de mon nécessaire de soin. 

 

Le cérat de Galien

 

 Toujours dans le cadre de mon atelier sur l'Hygiène et les Soins du corps au XIIIe siècle, je vous propose le Cérat de Galien.

 

Avant tout, qu'est-ce que le cérat ?

 Cérat : Étymol. et Hist. 1539 (J. Canappe, 6eLivre de la méthode thérapeutique, p. 96 cité par Chauvelot ds Fr. mod., t. 19, p. 200). Empr. au lat. ceratum « id. » part. passé substantivé de cerare « frotter avec de la cire », forme certainement créée à partir du gr. κ η ρ ω τ ο ́ ς « mêlé de cire », subst. κ η ρ ω τ η ́ « cérat ».

Source : CNRTL

 

Un cérat est une pommade à base de cire et d'huile qui sert, en dermatologie, d'excipient pour diverses substances médicamenteuses et de base pour des préparations cosmétologiques.

 

Le nom “cérat de Galien” donné à cette pommade, à base de cire, l'attribue de fait à Galien1. Il en est autrement d'après Hans-Rudolf Fehlmann2 qui fait remonter la formule du cérat à avant Galien. Comment en est-on arrivé à nommer cette préparation Cérat de Galien n'est pas l'objet de cet article mais il me semblait important de le souligner.

 

La composition du Cérat de Galien :

 

Voici la composition telle qu'elle est inscrite au formulaire national n° 74 :

 

Blanc de baleine* : 16 g
Cire d'abeille blanche : 8 g
Huile d'
amande douce : 55 g
Eau distillée de
rose : 16 g
Teinture de
benjoin : 4 g
Essence de rose : 0,04 g
Borate de sodium ou
borax : 0,50 g (produit toxique d'où sa disparition dans la formule simplifiée)

 

L'ajout de la teinture de Benjoin à cette préparation lui donne le nom de cold cream ou crème hydratante pour ses propriétés hydratantes. 

 

*Le blanc de baleine ou spermaceti est une substance blanche, très grasse contenue dans la cavité crânienne de certains cétacés comme la baleine, le cachalot etc... Des textes montrent que la chasse à la baleine était pratiquée bien avant le XIIIe pour la chair et l'huile en grande quantité. La chair était consommée et l'huile utilisée pour divers usage notamment pour les luminaires. 

 

1 : Galien, Larousse en ligne

2 : Lien Persée page 338


 

Préparation :

 

Pour la réalisation, j'ai supprimé deux ingrédients de la recette d'origine : le blanc de baleine et le Borax de sodium (produit toxique). C'est important de préciser que ce dernier ingrédient qui entre dans la composition du cérat est toxique et que tout le monde ne le sait pas forcément. Merci à Bénédicte !

 

Si vous souhaitez faire le cérat chez vous, c'est très simple. Par contre, assurez-vous de ne pas être allergique à un ou plusieurs des ingrédients.

 

 

Ingrédients :

 


Cire d’abeille blanche :
13,00 g (épaississant)

 

Huile d’amande douce raffinée : 53,50 g (adoucissant)

 

Eau de rose : 33,00 g

 

Teinture de Benjoin : 4g

 

 

 

Image 1 : ingrédients

 

Matériel :

 

Casserole pour le bain Marie

 

Deux bols

 

Cuillère à café

 

Thermomètre de cuisine

 

Balance sensible aux poids légers 

 

Flacon en verre à couvercle

 

 

Préparation :

 

Il est indispensable, avant de commencer votre préparation, de bien laver et sécher tout le matériel qui sera utilisé sans oublier le flacon de verre.

 

1- Mettez votre cire et l'huile d'amande douce dans un bol au bain-Marie. Veillez à ce que la température ne dépasse pas les 50°.

 

Image 2 : huile d'amande douce

 

 

Image 3 : cire d'abeille Bio

 

 

Image 4 : cire d'abeille Bio

 

 

2- Dans un autre bol, au bain Marie aussi, faites légèrement chauffer votre eau de rose ainsi, lors du mélange avec la cire, cette dernière ne figera pas trop vite.

 

 

 

Image 5 : eau de rose

 

 

3- Mettez le bol de cire et d'huile d'amande douce sur la balance et tentez d'obtenir 4g de teinture de Benjoin -d'où la nécessité d'une balance très sensible-. Remettez au bain Marie et mélangez cette préparation.

 

4- Sortez les bols hors du bain Marie et versez doucement l'eau de rose sur votre préparation cire/huile et mélangez énergiquement. Ne vous étonnez pas si la crème ne prend pas tout de suite, il faut que la cire refroidisse pour figer.

 

Vous devez obtenir une crème blanche ou jaune clair assez souple, lisse et très parfumée.

 

Image 6 : eau de rose

 

 

 

5- Mettez votre cérat dans le flacon. Il est prêt à l'emploi.

Avec les quantités données plus haut, j'obtiens un pot de cérat qui dure plus de deux mois, pour une utilisation quotidienne

 

Variante :

 

J'ai aussi testé du cérat en remplaçant l'huile d'amande douce par de l'huile de Calendula -macérat d'huile et de fleurs de souci qui donnent à la préparation une couleur d'un jaune intense cf. Image. 7 -. Le Calendula Officinalis apparaissant dès le XIIe siècle, en Europe, on peut tout à fait l'utiliser dans le cadre de la reconstitution.

 

Retour d'expérience :

 

Cela fait plus d'un an que j'utilise le cérat quotidiennement. Ayant une peau très sensible et sèche, son application a changé ma vie. Plus de peau qui tiraille !

En plus de son utilisation dans le cadre de la reconstitution, j'ai adopté cette crème dans ma vie de tous les jours.

 

La variante du Cérat de Galien avec de l'huile de Calendula est tout aussi efficace, elle pénètre facilement la peau et lui donne une souplesse très appréciable.

 

NB : il est important de s'assurer, avant de préparer votre Cérat, que vous n'êtes pas allergique à un ou plusieurs ingrédients.

 

 


 

Présentation sur les camps :

 

Pour l'atelier d'Hygiène, je présente le Cérat dans une pyxide. Cette dernière étant réalisée en cuivre, je ne mets pas la crème directement dans le contenant évitant ainsi toute réaction chimique (oxydation ?).

Mon astuce : je fais fondre de la cire d'abeille dans la pyxide et l'étale sur le fond et les bords de mon contenant. La cire refroidie fige et forme une protection compatible avec la préparation. 

Par ailleurs, il est évident que le cérat ne doit pas être exposé à la chaleur ni à l'humidité.  

 

Image 7 : variante avec huile de Calendula 

 

 

 

 

 

 

 

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1- Pierre d'alun

 2- Ambre

 3- Chevrette

 

Très présent dans la vie quotidienne durant l’antiquité, le parfum joue un rôle mystique faisant office de médiateur entre les dieux et les hommes. Les huiles parfumées ainsi que les résines servant d'encens vont voir leur statut évoluer et, de mystiques, elles seront esthétiques dans leur utilisation profane.

 

Tout au long du haut moyen âge, le parfum va être abandonné car condamné par l’église rappelant trop son usage païen. Seul son usage liturgique va persister.

 

A compter du XIIe siècle, tout ce qui est cosmétique et cosmétologie (appelé plus communément ornement et embellissement) va connaître un regain d'intérêt qui va se confirmer au cours des siècles suivants. Les échanges commerciaux avec le monde arabe y sont pour beaucoup.

 

 Les senteurs florales de l'occident vont rencontrer les odeurs entêtantes de l'orient telles que l'ambre, le musc, la myrrhe ou la cannelle.

 

Vers 1190, l'importance du parfum va être telle qu'une corporation de gantiers parfumeurs va être autorisée par Philippe Auguste. Même si le parfum n'aura pas une corporation à part entière, son association aux gants fait de ce dernier un produit de luxe.

 

L'obtention du parfum par distillation n'étant pas encore d'actualité au XIIIe siècle, on va garder une grande part de la tradition antique dans sa réalisation. Ainsi, les parfums vont être obtenus par macération : des plantes telles que le romarin, la violette et bien d'autres encore vont macérer dans des huiles ou des vinaigres légers. 

 

Ces macérats doivent être gardés à l'abri du soleil, dans un endroit frais. On peut utiliser l'huile pour se parfumer en appliquant sur une partie du corps ou sur tout le corps. Le vinaigre qui sert aussi de désinfectant peut être utilisé pour nettoyer les aisselles (épilées) avant de les parfumer avec de la poudre d'alun1 à laquelle on peut rajouter de l'ambre2 ou du musc3, par exemple : c'est tout simplement l'ancêtre du déodorant.

 

Ambre de synthèse

 

Mes essais :

 

Le déodorant

 

Afin d'obtenir une poudre qui permet de réduire considérablement la mauvaise odeur suite à la transpiration, on utilisait de la poudre d'alun.

 

 

 

Pour cela, j'ai réduit la pierre d'alun en poudre très fine et y ai ajouté de l'ambre (de synthèse). L'odeur est très orientale et persiste.

Les aisselles doivent être épilées, lavées et séchées. Je prends un carré de lin sur lequel je mets la poudre d'alun et je frictionne mes aiselles. Le résultat est assez satisfaisant car, même si je transpire, il n'y a pas de mauvaise odeur.

 

Avant de tester ce déodorant, assurez-vous que vous n'êtes pas allergiques et que l'alun ne soit pas dangereux pour votre organisme.

 

 

Les macérats

 

 

NB : le flacon actuel -moderne- sera remplacé dès que la commande du flacon réalisé selon sources sera reçu.

 

Il est important de préciser qu'au XIIIe siècle on ne faisait de macérat qu'avec une plante ou une fleur à la fois.

 

 L'huile parfumée :

 

Dans un flacon contenant de l'huile d'amande douce, j'ai mis du romarin. Je l'ai laissé macérer plus d'un mois à l'abri de la lumière.

J'utilise ce macérat après le bain. La peau est ainsi hydratée et parfumée. C'est assez particulier comme senteur -notre odorat moderne n'étant pas habitué- mais fort agréable et assez persistant du fait que l'huile, contrairement à l’alcool, ne s'évapore pas.

 

 Le vinaigre parfumé :

 

J'ai coupé du vinaigre avec un peu d'eau afin d'obtenir un vinaigre léger. J'y ai mis du romarin aussi et ai laissé macérer pendant trois semaines.

 

On peut se nettoyer les aisselles avec un carré de lin imbibé de cette préparation. Cela permet de réduire la mauvaise odeur. J'avoue que j'ai été surprise par le parfum très agréable de cette préparation qui ne garde presque rien de l'odeur du vinaigre.

 

 

Notes :

1 : Alun : C'est un minéral présent naturellement dans diverses régions du monde, telles la Syrie et le Maroc autrefois. Il peut également être synthétisé. (Wikipédia)

2 : Ambre ou ambre gris : est une concrétion intestinale du cachalot, provenant de l'interaction des sécrétions biliaires et des aliments ingérés par les cachalots. (Wikipédia) Il entre dans la composition de Shalimar de Guerlain.

3 : Musc est une matière naturelle animale entrant dans la composition des parfums ; il est extrait des glandes abdominales des cerfs porte-musc d'Asie centrale1. D'autres espèces animales et végétales peuvent produire une substance qualifiée du nom de musc, notamment les Viverridae appelées civette, le rat musqué, l'érismature à barbillons, le canard musqué, le bœuf musqué. (Wikipédia)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Bouche

 

1. Fil de soie

2. Bâton de sewak ou siwak

3. Os de seiche

4. Graines de fenouil

 

Dans un passage du « Regimen Sanitatis » de l'Ecole de Salerne on peut lire, en 1239, le passage écrit par le médecin-poète Jean de Mila :

« Frotte tes dents et les tiens nettes

Rien n'est si laid quand tu caquettes

Ou ris, de voir sous ton chapeau

Des dents noires comme un corbeau

Qui te donnent mauvaise haleine »

 

Le soin apporté à la bouche est confirmé dès le XIIe siècle : Sainte Hildegarde préconisait de se rincer la bouche, tous les jours, à l'eau claire. Il existe pourtant des moyens plus complexes pour prendre soin de ses dents et sa bouche.

 

Sihame CORNETET


 

Le dentifrice sec :

On utilisait, pour nettoyer les dents, de l'os de seiche réduit en poudre dans un mortier -poudre abrasive- auquel on rajoutait des graines de fenouil qui donnent bonne haleine. Pour se nettoyer les dents, il faut prendre un morceau de tissu légèrement humide -lin fin-, on trempe dans la poudre et on se frotte les dents en faisant de petits mouvements circulaires. Il ne faut pas trop appuyer pour ne pas irriter la gencive et bien se rincer la bouche à l'eau. Le résultats est assez satisfaisant. L'os de seiche pouvait être remplacé par de la poudre de corail blanc.

dentifriceDentifrice sec

 

Une autre recette de dentifrice, tirée de L'ornement des Dames (Ornatus Mulierum) texte anglo-normand du XIIIe siècle, traduit en français par Pierre RUELLE.

« Pour blanchir les dents, prenez de la farine d'orge bien propre, de l'alun en menu poudre et du sel décrépité, mélangez en ajoutant un rien de miel fondu, frottez-vous fréquemment les dents de cette préparation et cela vous les rendra blanches. »

 


 

La brosse à dents ?

Le bâton de sewak ou siwak : racine de l'arbuste Salvadora persica était utilisée, comme brosse à dents, dans la tradition musulmane et bien avant.

Bâton de sewak

 

On retire la couche supérieure pour découvrir de fines fibres qui constituent une sorte de brosse. Cette dernière est utilisée pour frotter les dents et réduire le tartre.


 

Le masticatoire :

 

En plus d'un réel souci de blanchir les dents, l'haleine occupait une place importante dans les recettes de soin. Pour se faire, on mâchait des graines de cardamome ou des clous de girofle.

Les orientaux utilisaient des masticatoires (maschier au XIIIe siècle) à base de résine comme l'Oliban(1) ou la gomme arabique.Cette résine qui valait de l'or, est connue depuis l'antiquité et très appréciée pour son parfum obtenu par fumigation lors de cérémonies religieuses. On lui attribue aussi des propriétés anti-inflammatoires gingivales qui permettent d'assainir la bouche et de purifier l'haleine. 

Comment utilise-t-on ces masticatoires ? Prendre quelques larmes d'oliban, les mâcher longuement afin d'obtenir une gomme à mâcher. Le goût est un peu amer au début, mais cela ne doit pas vous décourager. Une fois l'amertume passée, l'oliban laisse un goût agréable qui parfume la bouche.

 

olibanOliban : résine provenant des arbres de la famille des Burséracées (Boswellia)

 

Cette résine est utilisée, outre ses propriétés digestives, dans la désinfection des plaies infectées.

 (1) Oliban : gomme-résine extraite par incision de l'écorce de diverses Boswellias (Burcéracées). (Définition Larousse)

 

Sihame CORNETET

 


 

 

Nécessaire lavage

 

 

 

  1. Saponaire

  2. Pierre ponce

  3. Savon d'Alep

  4. Savon à la cendre (fait maison)

 

Nous le savons tous, au XIIIe siècle la notion d'hygiène1 est présente, c'est bien plus tard que les choses vont se gâter. L'hygiène retrouve tout son essor dès le XIIe siècle et va continuer à occuper une telle place dans la société médiévale qu'à la fin du XIIIe siècle, la ville de Paris va compter plus de 27 étuves.

L'hygiène du corps pouvait se faire chez soi, de façon sommaire pour les personnes n'ayant pas les moyens d'avoir de grandes cuves. Des bassins "à laver chief" ou bassins "à laver teste" servaient ainsi au lavage partiel; preuve de l'existence d'objets dédiés à l'hygiène, à la propreté2. Les plus fortunés bénéficiaient de grandes cuves cerclées dans lesquelles on plongeait un grand drap de lin -probablement- permettant de se protéger des échardes mais aussi permettant une économie d'eau chaude. La littérature des XIIe et XIIIe siècle n'est pas en reste quant à la place qu'occupait l'intérêt porté au soin du corps et à la séduction. De nombreux récits médiévaux insistent sur la séduction féminine entre "plaisir et "condamnation".

 

  1.  G. Vigarello, Le propre et le sale
  2. G. Vigarello, Miroirs et Bains de l'Antiquité à la Modernité, Le Bain et le Miroir

 

Sihame CORNETET


 

I) Le savon :

 

Pour la partie hygiène du corps, je me suis, tout particulièrement, intéressée au savon. Le savon existe depuis l'antiquité. Néanmoins, une guerre d'origine du mot savon est entretenue entre les civilisations gréco-romaine du latin (sapo) et perse (sabun).

 

L'histoire du savon remonte au Mont Sapo, sur le Tibre, sur lequel on effectue des sacrifices rituels d'animaux. Le sang des animaux se mêlant à la cendre coule jusqu'au Tibre et, sur cette rive, l'eau semble mieux nettoyer. Il n'en est rien et cette légende relève plus du canular !

 

Il a fallu réécrire une histoire du savon et implanter son origine en Italie plutôt qu'en Gaule, en Germanie ou en Perse, sûrement pour des raisons Marketing et politique d'où le récit fictif de la naissance du savon sur le Mont Sapo.

 

Pline, dans Livre 28, chapitre 51 parle du savon mais on comprend bien qu'il ne le connait pas et que les Romains n'en ont pas l'usage. "On emploie aussi le savon inventé dans les Gaules pour rendre les cheveux blonds : il se prépare avec du suif et des cendres; le meilleur se fait avec des cendres de hêtre et du suif de chèvre; il est de deux sortes, mou et liquide. L'un et l'autre sont en usage chez les Germains, et les hommes s'en servent plus que les femmes."

 

 La recette de ce savon antique est connue au XIIIe siècle. C'est un savon peu coûteux et accessible au grand nombre. Un mélange de cendre et de suif, permet, suite à une saponification à chaud, d'obtenir une pâte qui nettoie. Le savon d'Alep, comme son nom l'indique, venait d'Orient (Syrie) et coûtait donc cher, un produit de luxe réservé à l'élite. Sa recette contenant plus de 70% d'huile de laurier donne à ce produit une odeur très caractéristique et est très apprécié pour ses propriétés favorisant le gommage de la peau.

 

 Revenons au savon à la cendre et sa fabrication.

 

Réalisation du savon à la cendre

 

Avant de vous expliquer comment faire votre savon médiéval, il est important de noter que la technique de saponification à chaud nécessite un minimum de précautions.

 

1) Précautions à prendre :

 

  • se protéger les mains

  • se protéger les yeux d'éventuelles projections

  • travailler en extérieur ou dans un espace très aéré

  • avoir un grand bol de vinaigre à proximité (si vous recevez des projections du mélange, verser du vinaigre sur la surface touchée. La soude (solution basique) va agir avec la solution acide (le vinaigre) et non avec votre peau (sang)

  • tout le matériel utilisé pour la réalisation (casserole, cuillère, moule) ne pourra servir à autre chose

  • Se procurer un PH mètre

 

2) Les ingrédients :

 

  • 2 kg de cendre (cendre exclusivement de bois dense, pas d'autres déchets comme du papier, épluchures etc ...)

  • suif ou saindoux 500g (vous pouvez remplacer par de l'huile d'olive)

  • 5l d'eau de pluie ou eau distillée

 

3) Les étapes :

 

L'élément indispensable à la fabrication du savon c'est la soude. Nous n'allons pas en utiliser mais la fabriquer étant donné que la soude n'existait pas encore sous sa forme chimique.

 

           3. 1 Fabrication de la soude :

 

Mélanger, dans un grand récipient, les 2 kg de cendre et les 5 l d'eau distillée. Remuer bien puis passer le tout à l'étamine sur votre casserole de cuisson et laisser égoutter pendant une heure ou deux. Le liquide ainsi obtenu est appelé lessi, il est corrosif.

Le lessi n'est pas encore prêt et son PH n'est pas assez élevé pour accueillir la matière grasse. Pour cela, il faut passer à l'étape suivante qui est celle de concentration du lessi en réduisant la quantité d'eau.

 

Mélange cendre et eau filtré

Mélange eau et cendre filtré

        

           3.2 Concentration du lessi :

Mettre le lessi à cuire à feu moyen pendant une heure à une heure et demi. Le mélange s'épaissit et fait des bulles comme dans un bain de boue. Vous pouvez mesurer le PH, il doit être à 14 (solution basique).

A présent, rajouter la matière grasse, mélanger le tout et laisser cuire au moins une demi-heure pour obtenir la saponification.

 

Lessi

 Lessi non concentré

 

PH du lessi

 Test de PH : lessi à PH 14

 

        

          3. 3 Saponification : 

Ne cesser de remuer le mélange qui va se mettre à produire une mousse blanchâtre à la surface : c'est la saponification. Continuer à remuer pour casser la mousse et laisser cuire encore quinze à vingt minutes.

Pour s'assurer de la maturité de votre préparation, dans un bol d'eau bouillante, verser une cuillère de votre préparation. Si des tâches d'huile flottent à la surface, continuer de faire cuire si, au contraire, des nuages blancs se forment, vous pouvez arrêter la cuisson.

 

 

Lessi et matière grasse

 Matière grasse ajoutée au lessi

 

           3. 4 Moulage :

Prendre un moule en bois (facile à réaliser avec des chutes), y tapisser une étamine qui facilitera le démoulage. Verser la préparation et la laisser reposer, au moins, 24 heures avant de démouler.

Découper votre savon et laisser sécher plusieurs mois avant de l'utiliser (au moins 6 mois).

 

   Moulage

 Moulage du savon

 

Le savon à la cendre que j'ai réalisé a une particularité, il est parfumé au musc, inspiré de l'extrait : "Au moment choisi par la dame, tous deux défirent leurs vêtements et descendirent dans la piscine avec deux esclaves. Là, sans permettre à une autre main de se porter sur Salabaët, Blanchefleur, prenant un savon parfumé de musc et d’œillet, frotta tout le corps du jeune homme" (Boccace, Décaméron, VIII, 10).

 

 Savon parfumé au musc

Savon au musc

 

Outre ses propriétés lavantes, le savon joue un rôle important dans le livre De Trotula de Salerne L'Ornement des Dames. Il est cité notamment pour se débarrasser des morpions "tondez tout d'abord le poil, puis lavez bien l'endroit et ensuite oignez avec de l'huile d'olive. Autre remède : oignez de savon le lieu où ils sont et ils ne tarderont pas à mourir". Sans nul doute que l'incitation à l'hygiène et à la propreté était une préoccupation majeure et cela éloigne encore plus l'idée selon laquelle on était sale au 13e siècle.

 


 

Qu'en est-il du lavage des cheveux ?

 

II) Se laver les cheveux :

Pour se laver les cheveux, on utilisait une plante. La saponaire ou herbe à savon, qui est une plante vivace à fleurs roses ou blanches, riche en saponine -savon donc agent lavant-, était utilisée pour se laver le corps mais surtout les cheveux. Ses propriétés dégraissantes en font une solution efficace pour nettoyer la laine de mouton ou pour retirer les tâches sur les tissus.

 

Saponaire

 Saponaria officinalis : image wiki commons, libre de droit

 

Recette du shampooing à la saponaire :

 

  • Mettre 50 cl d'eau à bouillir

  • Ajouter 25 g de racines et de feuilles de saponaire dans l'eau bouillante (on peut trouver des racines de saponaire séchées en vente dans les magasins bio)

  • Laisser bouillir 5 mn

  • Laisser refroidir le liquide en le gardant couvert

  • Filtrer le tout et conserver dans une bouteille

 

Le liquide ainsi obtenu peut vous servir à laver vos cheveux mais le corps aussi. Il est important de noter que cette solution lavante mousse moins qu'un shampooing mais elle est tout aussi efficace. Si vous trouvez que vos cheveux ne sont pas brillants, mettez un verre de vinaigre dans votre eau de rinçage, le résultat est impressionnant.

 

 

Sihame CORNETET

Un grand merci à mon collègue Olivier DELUMEAU pour son soutien et son aide.

 

 


 

Dans le coffret de toilette...

 

Contrairement à ce qui se faisait sur les toiles des peintres de la Renaissance, c'est à dire, peindre avec soin et minutie tous les objets utilisés dans le soin du corps et l'hygiène, au 13e siècle, les illustrations de ces pièces sont rares voire inexistantes. ¨Pour tenter de reconstituer le coffret de toilette, d'une dame noble du 13e, dans son ensemble, il a fallu que je me base sur une fourchette de temps assez large -13e et 14e siècles-.

 

Voici donc un aperçu des objets reproduits, ils sont tous réalisés à l'échelle 1.

 

Les différentes pièces du coffret de toiletteLes différentes pièces d'un coffret d'hygiène.

 

  1. Coffret

 

Le coffret pouvait contenir tout le nécessaire de la toilette : onguent, fard, peigne etc ... La surface de ces pièces était, très souvent, ornée de plaques en ivoire sculptées ou surmontées d'appliques finement ciselées.

 

Pièce réalisée par Philippe CORNETET en chêne, les pentures sont en argent.

 

 

  1. Peignoir

 

Pièce de tissu léger servant à couvrir les épaules lorsque l'on se peigne. Le peignoir est réalisé dans une étamine de lin.

 

 

  1. Géméllion

 

Reproduction d'une pièce du 13e siècle (p. 210 Le Bain et le Miroir). Bassins destinés au lavage des mains, les géméllions sont présentés en pair. Leur emploi dans le champ profane ne fait aucun doute si l'on se réfère aux inventaires qui les citent.

 

Pièces réalisées par Philippe CORNETET en archal simple (laiton).

 

 

GéméllionsLes géméllions.

Sihame CORNETET


 

 

  1. Aquamanile

 

Souvent zoomorphe, l'aquamanile sert pour le lavage des mains ou aux ablutions.

 

Pièce réalisée par Anne-Sophie CAVEZ-RIMORINI.

 

AquamanileAquamanile

 

  1. Peigne

 

Peigne à double endenture : les dents larges servant à démêler les cheveux, les dents serrées à les lisser. Le peigne était utilisé aussi pour épouiller. En bois, ivoire ou corne, les peignes pouvaient être sculptés et peints (p. 187, Le Bain et le Miroir). De très belles pièces liturgiques ont été conservées.

 

Pièces réalisées par De Tours en Détours, en corne (à gauche) et en buis (à droite).

 

Peigne

 

Peignes 

 

 

  1. Gravoir

 

Le gravoir est une pièce en bois, en ivoire ou en métal servant à tracer la raie au milieu des cheveux. Cette pièce pouvait, à son sommet, porter une scène courtoise sculptée (p. 206 155a et 155b Le Bain et le Miroir).

 

Pièce réalisée par Philippe CORNETET.

 

 

 

  1. Pomme d'ambre

 

Importées d'Orient et citées, dès 1240, par l'évêque d'Acre comme étant des objets de grand luxe venus d'Egypte, les pommes d'ambre sont aussi appelées bijoux de senteur ou pomme de senteur.

 

Dans les inventaires princiers on cite des boules de musc ou d'ambre qui, tenues dans la main, suspendues à une chaînette ou un lacet –laz de soie- de soie permettent de parfumer en plus de protéger des épidémies. Elles peuvent même être attachées au chapelet, encore un échange indéniable entre sphère religieuse et sphère profane.

 

Une pâte parfumée composée de cire et de parfums musqués ou floraux était retenue dans une cage en métal finement ciselé ou en bois sculpté.

 

Pièce réalisée par Philippe Cornetet, en laiton et cuivre. Il est important de préciser que cette réalisation n'est pas une copie mais inspirée de deux pommes de senteur (p. 326, EC87 et Fig 81, Le Bain et le Miroir).

 

 

 

Pomme d'ambrePomme d'ambre ou pomme de senteur


 

  1. Pyxide

 

Pièce de la première moitié du XIIIe siècle (p. 189, Le Bain et le Miroir ). Le mot « pyxide », du grec latinisé, signifie « boîte » donc contenant à hosties si l'on se base sur la taille -6 à 7 cm de diamètre et 6 à 10 cm de hauteur-. En plus de son usage lors de cérémonies liturgiques, son emploi dans la vie profane ne fait aucun doute si l'on se réfère aux rares pièces retrouvées et surmontées de scènes courtoises. Les pyxides pouvaient donc contenir des produits de soin : onguent, crème, fard ou même bijoux.

 

Pièce réalisée par Philippe CORNETET, en cuivre.

 

PixydePyxide

 

 

9.Chevrette

 

Utilisée probablement par les apothicaires si l'on se base sur la forme du bec (p. 211, Le Bain et le Miroir) et sur les représentations qu'on en trouve sur certaines enluminures. Pièce réalisée dans le but de son utilisation lors des préparations de macérâts huileux pour les parfums.

 

Pièce réalisé,e en poterie, par Anne-Sophie CAVEZ-RIMORINI.

 

Chevrette

Chevrette

10. Ampoule

 

Ampoule de la deuxième moitié du XIIIe siècle (p. 208, Le Bain et le Miroir). Contenant des huiles sacrées que portaient les pèlerins lors de leur pèlerinage, l'ampoule a très certainement été utilisée dans la vie profane aussi. Destinée à contenir des cosmétiques -parfum solide, huile parfumée- elle se portait autour du cou ou, peut-être, attachée à la ceinture par un lacet en soie ou une chaînette.

 

Pièce réalisée par Philippe CORNETET en cuivre.

 

AmpouleAmpoule

 

  1. Miroir

 

Les miroirs des premiers siècles faits d’argent et d’aciers polis, laissent place, au XIIIe siècle, à des surfaces perfectionnant le reflet : verre recouvert d'une feuille d’étain.

 

 

 

Pièce réalisée par Philippe Cornetet, miroir en laiton poli et valves en chêne.

 

MiroirMiroir

 

12. Furgeoir/pince à épiler

Furgeoir ou pièce utilisée dans sa partie creuse pour le nettoyage des oreilles et l'extrémité pointue comme cure-dent. La pince à épiler sert, comme c'est toujours le cas de nos jours, à l'épilation des sourcils (p. 204, Le Bain et le Miroir).

Pièces réalisées par Philippe CORNETET, en cuivre et argent pour le furgeoir de droite.

Furgeoirs et pince à épiler

 

 

Sihame CORNETET