Extraits de chartes de communes portant sur la justice pratiquée, les délits et les peines

On distingue trois niveaux de justice : basse, moyenne, haute. Cette distinction ne repose pas sur la nature des délits, mais sur le profit que peut en tirer le justicier. La justice est donc un revenu, au même titre qu’un fief ou une rente.

Ces amendes concernent les gens des communes, des zones urbaines, les vilains n’y sont pas soumis, ils restent exploitables à volonté. Selon les auteurs, les revenus annuels varient beaucoup d’une région à l’autre, et d’un milieu à l’autre, on peut cependant estimer en moyenne qu’un vilain ou un valet gagnent environ 75 sous par an, taxes déduites.

Extrait de chartes et d’enquête des communes de Louhans et de Châtillon, 1286.

L’amende commune petite jusqu'à 7 solz, l’amende moyenne de 7 solz à 65 solz et l’amende à volonté laquelle est aucunes fois de perdre corps ou héritaige, aucunes fois de perdre héritaige tant seulement.

Les enfans au dessoubz de douze ans ou environ qui se entrebasteront ou auront par leurs baptures faict sang, ne sont tenus en aucune amende envers ledict seigneur.

  • Qui sera condamnez de l’injure de légières paroles, de l’amande, nos devra 3 solz
  • Qui fera autrui du poing, 3 solz
  • De cop de paume, 5 solz
  • De cop de pié 5 soulz
  • De faire sanc volage 7 soulz se il est fait par corroz.
  • Qui lou celera (ne dénoncera pas) se l’on li a fait le sanc volage 7 soulz.
  • De tot sanc faiz par corroz, se cuerz i est roz, 60 solz
  • Qui lou celera 60 soulz
  • Qui par corroz contre autrui traira d’arc ou d’arbaleste, ou qui traira couteau ou espées, au autre arme esmolue ou qui la lévera sus autrui ou la getera, se il n’an fierz nos devra 60 soulz, et si il en fierz, 10 livres ou le poing, jas ay ce que li féru n’en muere ; et se il en muert, prandre i voudrons ce que droit nos an donra.
  • Qui gietera ou ruera contre autrui par corroz baston ou pierre ou autre chose dont l’on puisse homme occire, se il n’an fiert et clains en est faiz, nos devra 60 soulz et se il en fiert et sanc n’en isse, 7 solz.
  • Qui apalera laron autrui, ou robeour, ou murtrier, ou traitour ou d’aucun cas criminel, et il dit de quoy (formule une accusation), il nos devra 60 soulz ; se il ne dit de quoy et de son dit se retrait, 7 soulz ; et se il vuet porsiegre son dit, nos i prendrons ce que droiz nos en donra.
  • Qui por corroz craichera sus autrui, ou qui  l’apalera mesel (lépreux) ou pugnais ou autre vilenie semblable il fera ou dira, il nos devra 7 solz
  • Qui sera pris ou loiaument convaincuz de escocerie (acte de reprendre par la force un gage donné), chascuns, aussi li homs come la feme, nous devra 60 solz.
  • Qui bans mis et crié loialement de part nos, brisera (désobéira) ou quis nos robera, se il est de simples il nos devra 7 solz ; se li bans est de griez (graves) choses, come de nos ou nostre comandement siegre a nostre besoing, ou celer murtre ou larceain, ou chose semblable, cil qui non obeira nos devra 60 solz.
  • Qui vendra char au maizel, femelle por masle, se clains en est fais, il nos devra 60 solz.
  • Qui vendra chair grenée por saine, il nos devra 7 solz.
  • Qui vendra à fausse aune ou a fausse mesure, a nos devra 60solz.
  • Buef, vache, roncins deffarez, eque(jument) deffarée, trovée sans garde en autrui domage, de jors nos devra chascun 4 denier et de nuit 8 deniers.
  • Pors, true, boc, chèvre, mouton, brebis, trové de jors sans garde en autrui domaige, nos devra chascun 2 denier et de nuit 4 denier ; oie de jors 1 denier et de nuit 2 denier.
  • Qui ostera borne, il nos devra 60 solz et la borne sera remise en son droit lue.
  • Quiconque refusera gaige soffisant à pain ou a vin ou à viandes a pareilliez vendables por boire et por mangier, à gens ou a chevaz, se clains en est faiz, il nos devra 3 solz.
  • Et en totes manères de cas entendons nos et volons que se li plaintiz faut à sa prove (accusations sans preuve) que il nos doive tel amande que cil devroit de cui il saroit plaintiz, se prove estoit faite contre lui.